MaisonBlogLa stratégie verte de la Côte d'Ivoire : alimenter la révolution des véhicules électriques en Afrique de l'Ouest d'ici 2030

La stratégie verte de la Côte d'Ivoire : alimenter la révolution des véhicules électriques en Afrique de l'Ouest d'ici 2030

Résumé exécutif

La Côte d'Ivoire s'impose comme un acteur majeur de la transition vers les véhicules électriques en Afrique de l'Ouest, grâce à des politiques ambitieuses, un secteur électrique performant et l'innovation du secteur privé. Ce rapport analyse, dans un cadre structuré, les politiques nationales, la taille du marché, l'état de développement, les opportunités et les défis liés aux bornes de recharge pour véhicules électriques en Côte d'Ivoire. Les politiques nationales, notamment les exonérations fiscales et le Plan national de développement (PND) 2021-2025, visent à électrifier 101 000 milliards de véhicules d'ici 2030, grâce au développement des énergies renouvelables. Le marché des véhicules électriques, encore émergent, devrait passer de 60 millions de dollars en 2025 à 300 millions de dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 38 000 milliards de dollars, alimentant ainsi la demande en infrastructures de recharge. Le développement progresse, avec une trentaine de bornes de recharge publiques, notamment grâce à des initiatives privées telles que les bornes solaires en Côte d'Ivoire. Les opportunités résident notamment dans l'exploitation du taux d'électrification de 941 000 habitants en Côte d'Ivoire, des corridors commerciaux régionaux et des modèles d'échange de batteries. Cependant, des défis tels que le coût élevé de l'électricité, les lacunes réglementaires et le manque de sensibilisation des consommateurs persistent. Les recommandations stratégiques mettent l'accent sur l'accélération du déploiement des infrastructures, la finalisation de la réglementation et l'intégration des énergies renouvelables afin de consolider le leadership de la Côte d'Ivoire en matière de mobilité durable.

1. Politiques nationales

Les politiques nationales ivoiriennes en matière d'infrastructures de recharge pour véhicules électriques sont progressives et s'appuient sur des incitations fiscales, des programmes d'énergies renouvelables et le Plan national de développement 2021-2025 pour favoriser l'adoption des véhicules électriques. Toutefois, les cadres réglementaires et les contraintes budgétaires doivent être davantage développés pour garantir leur déploiement à grande échelle.

Le cadre politique de la Côte d'Ivoire s'inscrit dans son engagement en faveur du développement durable et du leadership énergétique régional, soutenu par un secteur de l'électricité privatisé et des partenariats internationaux. Ses principaux éléments sont les suivants :

1.1 Incitations fiscales et soutien financier

Le gouvernement propose une exonération totale des droits de douane et une TVA réduite pour les véhicules électriques, ce qui diminue leur coût d'acquisition et stimule la demande. Ces mesures, introduites dans le cadre du Plan national de développement 2021-2025, s'inspirent des exonérations fiscales mises en place au Maroc, qui ont favorisé l'essor des véhicules électriques.

Le ministère des Transports étudie la possibilité de subventionner l'installation de bornes de recharge, en ciblant des opérateurs privés comme la Pétro-Ivoire, sur le modèle autrichien qui prévoit jusqu'à 32 320 dollars pour les bornes de recharge en courant continu.

1.2 Plan national de développement et objectifs en matière de mobilité électrique

Le Plan national de développement 2021-2025 vise l'électrification à 101 030 véhicules d'ici 2030, avec un plan de déploiement d'infrastructures de recharge le long des axes nord-sud et est-ouest afin de faciliter les déplacements interurbains. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de stratégies régionales telles que la politique de mobilité électrique du Kenya.

Le plan met l'accent sur l'électrification des flottes publiques et privées, avec des initiatives comme celle de la Pétro-Ivoire, axée sur les flottes d'entreprises et s'inspirant du modèle uruguayen des flottes publiques pour renforcer la confiance des consommateurs.

1.3 Réformes du secteur des énergies renouvelables et de l'électricité

Avec un taux d'électrification de 941 000 tonnes (TP3T), atteint grâce à la privatisation et à des investissements tels que l'extension de la centrale thermique d'Azito, la Côte d'Ivoire dispose d'un environnement propice au développement de la recharge des véhicules électriques. Le pays vise une capacité de 421 000 tonnes (TP3T) d'énergies renouvelables d'ici 2035, notamment grâce à des projets comme l'Initiative de développement de l'énergie solaire (60 MW) qui soutient la mise en place de stations de recharge écologiques.

Le ministère de l'Énergie et CI-Energies promeuvent des solutions de réseau intelligent, telles que les systèmes véhicule-réseau (V2G), pour optimiser l'utilisation du réseau, bien que leur mise en œuvre soit encore à ses débuts.

1.4 Lacunes du cadre réglementaire

L'absence de normes définitives pour les infrastructures de recharge, notamment en ce qui concerne les types de connecteurs (par exemple, CCS2, CHAdeMO) ou les protocoles d'interopérabilité tels que l'OCPP, crée une incertitude chez les investisseurs. Cette situation fait écho aux difficultés rencontrées en Angola, où la fragmentation réglementaire freine les progrès.

Les influences néocoloniales, avec la domination des entreprises étrangères dans le secteur de l'énergie, peuvent privilégier les intérêts internationaux au détriment du développement national, ce qui complique la mise en œuvre des politiques.

2. Taille du marché

Le marché des véhicules électriques en Côte d'Ivoire est encore modeste mais en forte croissance. Il devrait passer de 0,06 milliard USD en 2025 à 0,30 milliard USD d'ici 2030, soit un TCAC de 38,01 000 milliards de dollars, ce qui stimule la demande en infrastructures de recharge. Le marché des bornes de recharge, bien que limité, est prêt à se développer pour accompagner cette croissance.

2.1 Croissance du marché des véhicules électriques

Le marché ivoirien des véhicules électriques est estimé à 1 200 unités en 2025, principalement des deux-roues, des tricycles et des flottes d'entreprises à Abidjan. D'ici 2030, ce chiffre devrait atteindre 12 000 unités, grâce aux incitations fiscales et à la hausse du prix des carburants. Le taux de croissance annuel composé (TCAC) de 38,01 % dépasse la moyenne mondiale, témoignant du potentiel régional.

Cette croissance s'aligne sur les tendances de l'Afrique subsaharienne (ASS), où l'adoption des véhicules électriques s'accélère, bien que la Côte d'Ivoire soit en retard par rapport à l'Afrique du Sud, qui compte 1,8 bornes de recharge pour 10 véhicules électriques.

2.2 Marché des infrastructures de recharge

En 2025, la Côte d'Ivoire comptait environ 30 bornes de recharge publiques, les bornes solaires d'Abidjan et de Bouaké faisant figure de pionnières. Un plan d'expansion nationale vise un ratio de 10 véhicules électriques pour 1 borne de recharge d'ici 2030.

Le marché mondial de la recharge des véhicules électriques, qui devrait passer de 30,63 milliards de dollars en 2025 à 257,33 milliards de dollars d'ici 2032 avec un TCAC de 35,51 TP3T, fournit une référence pour le potentiel de la Côte d'Ivoire.

2.3 Perspectives comparatives

Comparée aux 300 bornes de recharge du Maroc ou aux 20 du Kenya, l'infrastructure de la Côte d'Ivoire est limitée mais se développe plus rapidement que le réseau inexistant de l'Angola.

L'accent mis sur les flottes d'entreprises et les deux-roues, comme on le constate sur le marché des matatus au Kenya, suggère un créneau pour des solutions de recharge ciblées.

3. État d'avancement

En Côte d'Ivoire, l'infrastructure de recharge pour véhicules électriques est encore balbutiante, avec une trentaine de stations publiques concentrées à Abidjan et Bouaké, grâce à des initiatives privées comme Pétro Ivoire. La fiabilité du réseau et les projets d'énergies renouvelables favorisent son développement, mais son déploiement principalement urbain en limite l'extension.

3.1 Déploiement actuel de l'infrastructure

La Côte d'Ivoire compte une trentaine de bornes de recharge publiques, principalement des bornes solaires de niveau 2 à Abidjan (par exemple, Yopougon Gandhi) et une à Bouaké, exploitée par Pétro Ivoire. Elles desservent les flottes d'entreprises et les deux-roues, mais leur nombre est insuffisant pour une adoption généralisée.

L'infrastructure supporte une petite flotte de véhicules électriques, avec des temps de charge de 4 à 6 heures pour les véhicules légers, ce qui accentue l'angoisse liée à l'autonomie pour les trajets interurbains.

3.2 Engagement du secteur privé

La Pétro-Ivoire est pionnière en matière de bornes de recharge solaires et collabore avec des fabricants locaux pour les batteries et les équipements, réduisant ainsi sa dépendance aux importations. Cette approche fait écho aux partenariats de l'Afrique du Sud avec Audi et Grid Cars.

Le soutien international, tel que l'investissement de 400 millions de dollars de l'IFC dans les centrales d'Azito et de CIPREL, renforce le secteur de l'électricité, soutenant indirectement l'infrastructure de recharge.

3.3 Intégration des énergies renouvelables

Avec un taux d'électrification de 941 000 tonnes et une capacité installée de 2 230 MW, et un objectif de 421 000 tonnes d'énergies renouvelables d'ici 2035, la Côte d'Ivoire permet une recharge durable. L'initiative Scaling Solar de 60 MW soutient le déploiement de bornes de recharge à proximité les unes des autres, à l'instar du modèle géothermique kenyan.

Les projets pilotes de recharge intelligente, soutenus par CI-Energies, visent à optimiser l'utilisation du réseau, bien que des mises à niveau de ce dernier soient nécessaires pour répondre à la demande en véhicules électriques.

3.4 Contraintes liées au réseau et à la technologie

Bien que robuste, le réseau électrique est confronté à des pics de consommation, avec 101 TP3T de production exportée au niveau régional. Une recharge non coordonnée pourrait mettre le système à rude épreuve, comme l'a souligné l'AIE.

L'absence de connecteurs standardisés risque d'entraîner des problèmes de compatibilité, similaires aux difficultés rencontrées par le système CHAdeMO au Japon.

4. Opportunités

Le marché ivoirien des infrastructures de recharge pour véhicules électriques offre d'importantes opportunités, portées par son taux d'électrification élevé, l'innovation du secteur privé et les corridors commerciaux régionaux. Les modèles d'échange de batteries et l'intégration des énergies renouvelables peuvent accélérer l'adoption de ces infrastructures.

4.1 Intégration des énergies renouvelables

En Côte d'Ivoire, les projets d'électrification et d'énergies renouvelables du programme 94%, comme la centrale biomasse d'Ayébo de 46 MW, favorisent le déploiement de bornes de recharge écologiques. L'implantation conjointe de bornes de recharge et de projets solaires ou de biomasse permet de réduire les coûts, à l'instar du modèle BYD en Chine.

Les systèmes de recharge intelligente et V2G, tels que définis dans la norme européenne ISO 15118-20, peuvent optimiser l'utilisation du réseau et générer des sources de revenus.

4.2 Partenariats public-privé

Les initiatives ivoiriennes et les projets soutenus par l'IFC témoignent du potentiel du secteur privé. Les partenariats avec des entreprises internationales comme ABB, à l'instar du Maroc, peuvent apporter expertise et financement.

L’initiative Scaling Solar de la Banque mondiale et les améliorations du réseau électrique de CI-Energies peuvent soutenir des projets pilotes de recharge, à l’image du modèle kényan fondé sur l’aide.

4.3 Corridors commerciaux régionaux

L'autoroute Abidjan-Lagos, un projet de 1 028 km reliant la Côte d'Ivoire au Nigéria, comprend des corridors de recharge pour les véhicules logistiques, améliorant ainsi la connectivité régionale.

La demande de véhicules électriques à deux et trois roues, comme on le constate au Kenya, offre un créneau pour les stations de recharge urbaines à Abidjan.

4.4 Innovations en matière d'échange de batteries

Les stations d'échange de batteries, qui ont connu un grand succès en Chine avec 50% de camions lourds utilisant ce modèle, pourraient convenir au marché des deux-roues de Côte d'Ivoire, réduisant les temps de charge à 3-5 minutes.

Des modèles comme Ampersand au Rwanda, avec 37 000 swaps mensuels, offrent un cadre reproductible pour Abidjan.

5. Défis

En Côte d'Ivoire, l'infrastructure de recharge pour véhicules électriques est confrontée à plusieurs défis, notamment le coût élevé de l'électricité, des infrastructures limitées, des lacunes réglementaires et une faible sensibilisation des consommateurs. Des efforts concertés sont nécessaires pour assurer son déploiement à grande échelle et son adoption.

5.1 Coûts élevés de l'électricité

Les tarifs d'électricité élevés, en moyenne de 0,15 USD/kWh, freinent l'adoption des véhicules électriques malgré une capacité de 2 230 MW. Ce phénomène fait écho aux obstacles financiers rencontrés en Afrique subsaharienne, comme le soulignent les études de ScienceDirect.

La tarification compétitive, telle que proposée dans la politique de mobilité électrique du Kenya, est essentielle pour réduire les coûts et stimuler la demande.

5.2 Infrastructure de recharge limitée

Avec seulement 30 bornes de recharge, principalement à Abidjan, l'infrastructure est insuffisante pour les déplacements interurbains, ce qui accentue l'angoisse liée à l'autonomie. L'AIE considère ce problème comme un obstacle mondial.

Les zones rurales manquent de bornes de recharge, ce qui nécessite des plans d'expansion comme la stratégie marocaine axée sur les autoroutes.

5.3 Lacunes réglementaires

L'absence de connecteurs standardisés et de protocoles d'interopérabilité, comme OCPP, risque d'entraîner des problèmes de compatibilité, comme on l'a constaté en Amérique latine.

Les influences néocoloniales, avec la domination des entreprises étrangères dans le secteur de l'énergie, peuvent privilégier les intérêts extérieurs, compliquant ainsi le développement national.

5.4 Faible sensibilisation des consommateurs

Le manque de connaissances sur les avantages des véhicules électriques et leur coût initial élevé freinent leur adoption, comme on l'observe en Afrique subsaharienne. L'angoisse liée à l'autonomie, constatée par PwC, est exacerbée par la rareté des infrastructures.

L'éducation publique, telle qu'elle est mise en œuvre au Kenya, est essentielle pour instaurer la confiance des consommateurs.

6. Recommandations stratégiques

6.1 Accélérer le déploiement de l'infrastructure

Le NDP prévoit d'accélérer le déploiement de 500 bornes de recharge d'ici 2028, en privilégiant les axes routiers et les centres urbains comme Abidjan et Bouaké. Il privilégiera les bornes de recharge rapide, à l'instar du programme américain NEVI.

Des stations pilotes d'échange de batteries pour deux-roues, inspirées du modèle chinois, afin de réduire les temps de charge.

6.2 Finaliser les cadres réglementaires

Adoptez des normes internationales telles que OCPP et ISO 15118 pour l'interopérabilité et la sécurité, garantissant la compatibilité entre les différents modèles de véhicules électriques.

Mettre en place des tarifs d'électricité compétitifs pour la recharge des véhicules électriques, en tirant parti de CI-Energies pour subventionner les coûts, comme au Kenya.

6.3 Favoriser les partenariats public-privé

Développer les partenariats de la Pétro-Ivoire avec des entreprises internationales comme ABB, en leur offrant des avantages fiscaux pour compenser les coûts, à l'instar de l'Autriche. Solliciter des financements auprès de la SFI et de la Banque mondiale, en s'inspirant du modèle marocain.

Tirer parti de l'autoroute Abidjan-Lagos pour développer des corridors de recharge, stimulant ainsi le commerce régional.

6.4 Améliorer la sensibilisation des consommateurs

Lancez des campagnes sur des plateformes comme Electromaps pour mettre en avant l'emplacement des bornes de recharge et les avantages des véhicules électriques. Rassurez les conducteurs anxieux quant à l'autonomie de leurs véhicules grâce à des essais routiers, comme au Kenya.

Introduire des modèles de location pour réduire les coûts initiaux des véhicules électriques, en s'appuyant sur les incitations offertes par la Chine.

6.5 Exploiter les énergies renouvelables

Colocaliser les bornes de recharge avec des projets solaires et de biomasse comme Ayébo, en utilisant le stockage par batterie pour gérer les pics de charge, comme dans le modèle BYD en Chine.

Conclusion

La Côte d'Ivoire est bien placée pour mener la transition vers l'électromobilité en Afrique de l'Ouest, grâce à des politiques progressistes, un secteur électrique performant et l'innovation du secteur privé. La croissance prévue du marché des véhicules électriques, qui devrait atteindre 300 millions de dollars d'ici 2030, et les projets d'expansion nationale des infrastructures de recharge témoignent de cette ambition. Toutefois, le coût élevé de l'électricité, les infrastructures limitées et les lacunes réglementaires constituent des défis. En s'appuyant sur son taux d'électrification de 941 000 m³/h, ses projets d'énergies renouvelables et des innovations telles que l'échange de batteries, la Côte d'Ivoire peut bâtir un écosystème de recharge durable, renforçant ainsi son rôle de pôle énergétique régional et contribuant aux objectifs climatiques mondiaux.

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